De la matière qui nous survit

Il est regrettable d’être le témoin des vaines comparaisons qui rythment nos rapports aux autres.

La perception de notre propre existence altère notre compréhension du monde et de ses avatars qui pourtant sont faits d’un tout.

Étant de ce même tout, notre matière perpétrée à travers l’infinité des agencements, est pourtant elle, unique et entière.

C’est cette matière qui réussit le pari de l’éternité par sa persévérance, dont elle prouve le fait en survivant à ses agencements bien qu’incommensurables et pourtant tous finis. 

Quand la cohésion d’un agencement s’effondre puis s’étiole, si la forme de l’agencement s’oublie, la matière qui l’organisait alors est ré-assimilée.

La matière ré-empruntée, re-fleurira à nouveau à travers une autre infinité d’ agencements dont nous aurons été une seule, singulière et éphémère expression du vivant.

Pensez à une pluie : Des gouttelettes d’eau, aux trillions de formes imperceptiblement variées chutent du ciel. Une fois au sol, elles confondent leur agencement de goutte en une pellicule d’eau diffuse amalgamant leur matière et les défaisant de leur forme.

Ramener à nos existences, pourrait-on dire que nos corps sont ainsi, tels ces gouttes d’eau ? Diverses, multiples, perpétuées… Et que la tombée de la pluie verrait l’image d’autant de gouttelettes d’existences dont la chute est aussi le temps de nos existences ? Accidentelles, éphémères, fragiles…

Et au crépuscule de nos vies, entrer dans la réalité de la fin de notre agencement, s’effondrer sur la terre, finir de perdre sa cohésion, amalgamés de nouveau dans le cycle de la perpétuité de la présence originelle d’un processus du vivant.

L’humanité est-elle pareille à un champ de fleurs, ou chaque individu est soit coquelicot, soit pensée, soit marguerite…? Fleurs avec lesquelles nous partageons la brièveté de l’existence et dont aucun critère des agencements ne sera éternel.

Tout bouquet comme le souvenir d’autrui fane : toute mémoire d’un défunt s’épétale avec la disparition tour à tour de ceux qui lui avaient survécu…

Ainsi les gouttelettes comportent l’eau qui les façonne et qui les ré-amalgame ensuite au terme de leur course. Nos existences sont ré-amalgamées par la matière qui n’a eu de cesse d’élaborer de notre vivant, avant même celui-ci, et l’on peut imaginer encore au-delà.

Et l’existence même de nos idées s’oublie dans les caniveaux du temps.

A chaque esprit mort, la terre plombe la châsse. 

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