« Être heureux », une quête du monde 2.0

Pour ceux nageant dans le bonheur, restez heureux.

Ne lisez pas plus loin. Vous avez déjà la clé de votre joie de vivre dont le mérite revient à votre philosophie de vie.

Les mots qui suivent sont à destination de vous autres, vous les gens qui comme moi souffrez peut-être plus que ce que vous pouvez compter en part de bonheur.

A vous, mes frères et sœurs dans le malheur, je vous invite à poursuivre quelques étages plus bas.

Les descentes dans les tréfonds de votre peine vous connaissez déjà, mais j’ai apporté ma lampe de poche et pour cette fois on empruntera à deux, avec notre maigre pinceau de lumière, ce colimaçon austère, familier et ô combien poisseux.

En discutant de-ci de-là, si on fait attention à ce point, personne n’est heureux.

Vous, moi, les autres… (même ceux qui se reconnaissaient dans la mise en garde du début de ce texte et qui curieux ou peut-être moins sûrs de leur bonheur, en sont tout de même arrivés à lire jusque-là).

On poursuit la descente…

Tout le monde souffre de contrariétés, endure des humiliations et a au moins imaginé une fois, sa propre fin mortelle. Tout le monde.

Pourtant ce même monde part en quête du bonheur, mais alors pourquoi si peu y succèdent ? Pourquoi voir même personne ne l’atteint vraiment ?

A croire que nous soyons tous de malchanceux chevaliers de la table ronde; interdits par notre destinée qu’au moment d’accomplir cette quête du bonheur, ce Graal ne nous soit jamais promis ou bien jamais pour longtemps.

Alors qu’est-ce qui ne marche pas ?

La vie ? Les autres ? Vous ? Moi ?

Faites le compte autour de vous et nommez mentalement des personnes de votre connaissance qui ne sont pas heureuses.

…La marche peut être haute ici pour les personnes seules qui ne connaissent aucune autre personne intimement : votre commerçant, star du ballon rond, collègue, infirmière, le garçon ou la femme dont vous êtes éperdumment et secrètement amoureux ont leurs soucis et peinent aussi à vivre un bonheur parfait.

Pour les autres, vous avez pensé à des personnes proches, à des êtres chers qui ont connu un malheur les ayant marqué ou les affectant en ce moment même ainsi que tous ceux dont ils sont ou furent responsables de l’amour qu’ils se vouaient ou se vouent encore.

Maintenant, faites aussi cet effort pour nommer une personne absolument heureuse ou au moins celle qui à votre idée se rapproche le plus de cet état…

… A court d’exemples de bonheur parfait ? Y en a bien un ou une dont vous jalousez les réussites secrètement ou qui a une chance indécente ou qui est beau comme un Dieu et qui a vraiment tout pour lui ! Non ?! Vous connaissez bien au moins un blond à la Gad Elmaleh ou une mère parfaite selon Foresti dans votre vie ???

Alors, lui ou elle, vous ne l’aimez pas… vous ne pouvez pas l’aimer car on jalouse le bonheur des autres, c’est viscéral, c’est inscrit en nous…

Bon regardons la liste du côté des malheureux et gardez dans un coin votre exemple du bonheur parfait.

Vous avez aussi trouvé des objections à des candidats potentiels qui pourtant affichaient le visage de la félicité.

Votre radar à dépressif les empêche en effet d’être qualifiés “d’absolument heureux” malgré leurs efforts à vouloir le paraître… ou bien vous êtes trop jaloux pour vraiment leur accorder qu’ils le soient vraiment, “heureux”.

Vous avez donc ainsi mis vos synapses (votre main) sur une autre catégorie qui est les “Ils ont l’air heureux mais pas complètement, y a un truc qui cloche ou qui va clocher” (sacré nom de catégorie !) : dedans vous y avez jeté pèle-mêle les jeunes mariés, les nouveaux parents, les plus riches que vous, les extrêmement plus riches que les précédents riches, les populations indigènes de “Rendez-vous en Terres Inconnues”, vos parents, d’autres membres de votre famille, les meilleurs profils agaçants de vos amis Facebook… et dont vous supposez sans conteste leur joie de vivre supérieure à la vôtre mais pas complètement dans sa forme absolue.

Ressortons maintenant votre exemple de personne vivant un bonheur parfait.

Vous avez donc dégotté une ou plusieurs personnes qui pour vous nagent dans cette idée du bonheur absolu ou en sont à quelques coudées si proche qu’ils méritent d’être inscrits dans cette catégorie (allez-y, mettez aussi ceux dont vous vous savez jaloux de leur bonheur sans vouloir l’admettre, vous ne serez pas déçu…)

Si vous avez ce type de personnes en tête, je peux à mon tour vous dire que vous vous êtes basé sur plusieurs des affirmations ci-dessous pour les reconnaître et disant d’elles qu’elles sont :

  • Altruistes
  • Aisés
  • Intellectuelles…
  • …ou pas très fûtes fûtes
  • Chanceuses
  • D’une personnalité entière
  • D’une vraie sensibilité
  • Singulièrement empathiques
  • Secrètes sur leurs convictions métaphysiques…
  • … ou totalement imprégnées par leur foi
  • Peu communiquantes
  • Pas démonstratives des âffres touchant à leur vie
  • Empreintes de sagesse
  • Force d’exemples pour votre propre quête du bonheur

…Alors je vous arrête, ces personnes ne sont pas heureuses !

Elles sont juste pudiques sur ce qu’elles vivent d’âffres et tout aussi bien vous qu’eux, ignorants vers quel cœur compatissant ils pourraient épanché ou ont déjà épanché à votre insu leur malheur.

La réalité de ce fait se tient sur cette seule base : notre chair.

Dès lors que vous disposez d’un corps, celui-ci est doté de milliards de récepteurs prompt à vous communiquer une douleur physique ou une morsure émotionnelle et ce à n’importe quel moment ! Cette douleur fera l’objet de l’analyse de votre cerveau paniqué par cette expérience dont il n’aura eu aucun entraînement à la subir.

Tout le monde souffre, il y en a qui sont justes plus discrets dans leur souffrance.

Certains sont cependant prédisposés à être hermétique aux souffrances tiers et plus résistant à celles qu’ils subissent. Ils sont ceux qui ont rangé chacune de leurs connaissances dans des catégories, relativisant ainsi d’un mot toute forme de malheur que “le geignard”, “le pessimiste” ou “la demeurée” pourraient bien leur conter.

Et pour être plus direct : ils n’en ont rien à foutre du malheur des autres. Ca rentre par une oreille et ça ressort de l’autre.

Tu seras un homme mon fils”, “Faut souffrir pour être belle”, “Paris ne s’est pas faite en un jour…”, tous ces “conseils” à deux balles vous montrant que vous allez vous démerder tout seul dans votre malheur.

Je peux vous garantir qu’on ne connait pas la félicité absolue. Aucun d’entre-nous.

On peut être oublieux des autres, oublieux des tristesses du passé et aveugle sur l’instant présent des pénibles, voire déchirantes, décisions futures que tout être humain doit prendre dans sa vie.

Alors faire fi de tout serait bien là la clé du bonheur. Le bonheur se laisserait approcher que d’une manière égoïste !

Le message du bonheur serait un efficace “Pense pour ta gueule”.

Pour être heureux, il faudrait être étranger au malheur des autres et se dire que le malheur qu’on leur crée n’est somme toute qu’un produit de nos échanges sociaux – tribaux – mal dégrossis mais complètement normaux et normalisés par les codes de la société.

Alors pourquoi s’en faire…pour eux ?

Vous savez, nous les malheureux, les pas biens dans notre peau, nous sommes dotés de compassion qui absorbe en pleine conscience le malheur : le nôtre et celui des autres de surcroît !

En plus, Caliméro que nous sommes, nous avons une propension à aimer les gens, qui ne nous considèrent pas en retour, inconscients de notre mansuétude et de notre abandon à leur signifier notre affection la plus simple… mais quelque part, quand on le sait, on s’en fout !

Alors peut-être que le bonheur serait de se couper de toutes les interactions avec les autres ainsi que celles du matériel, mais serions-nous prêt à vivre cette solitude, sans smartphone et sans réseaux sociaux pour laisser filtrer nos humeurs par nos choix précis d’actualités postées en lieu de nos statuts ? Got You… Us! Je nous ai eu ! Nous les pleurnichards aristocrates déguisant nos vagues à l’âme par l’enchaînement de publications de soleil couchant, de pauvres arbres morts ou d’une bande de potes joyeuse, souvenirs de journées dont on a la nostalgie et qui servent à draper nos mélancolies sous l’emballage de nos photos de « couverture »…

Et le mot est juste, on emploie mille « couvertures » pour cacher nos angoisses car la règle de notre monde est de donner le change TOUT le TEMPS ! Et d’autres, plus habiles (et peut-être tellement plus malheureux) ne se vêtent pas de couvertures standards mais bien de costumes sur-mesure qu’ils connaissent si bien que le costume est devenu « eux » et que jamais plus ils ne l’ôteront au risque de perdre leur identité propre, leur envie originelle et l’intimité de leur conscience de soi.

Nous sommes tous des étrangers finalement alors qu’il n’y a pas plus sociable que l’espèce humaine ! (J’ai tenté de faire « ami-ami » avec un poulpe mais à force de parler avec les bras, je le pensais pas très sincère…)

« Tu veux un câlin ? »

Et bien pour moi pourtant, il me semble que le bonheur c’est les autres ! Il se trouve au travers de nos échanges avec les autres plus précisément.

Pour les expériences, les joies et les conflits, éphémères ou de longue durée que nos échanges avec eux nous font connaître. Pour chacune de ces interactions nous en apprenons plus sur nous-même et une fois que nous aurons conscience de qui nous sommes grâce à la somme de nos expériences alors nous saurons aussi ce que nous voudrons faire de cette vie-là.

Et quand on a des objectifs définis, tout de suite le futur devient moins nébuleux et bien que le destin est un cheval sauvage promettant force rodéo, on met la main sur le pommeau de la selle et on s’y accroche fermement comme on s’accroche à l’espoir de l’accomplissement d’un rêve car on sait où on va !

Et puis rien n’a d’importance sur Terre : De la plus respectueuse position à la moins louable, du pontif à l’assassin, nous prenons tous des décisions censées nous approcher du bonheur.

Et alors qu’on s’aperçoit que l’objet de la quête est vain, son chemin est la seule institution à la joie de vivre toutes les expériences érigées au travers de notre route.

Alors tous nous souffrons nos peines, seul. Mais c’est la règle ! Quand vous ressentez de la joie, c’est bien vous seul qui l’appréciez à son optimum… et bien, le malheur c’est pareil. Vous êtes seul en première loge et c’est vous que l’acteur du malheur éclabousse de sa poisse.

Après on peut tout partager, mais curieusement, c’est les joies qui obtiennent le plus de suffrages au partage alors que les malheurs DEVRAIENT automatiquement être partagés en ÉQUIPE pour colmater les brèches d’un cœur ou d’une âme en peine. Ben oui « en équipe »… on fait bien la fête à plusieurs !

Pour les moments de joie partagée c’est facile. Pour les moments de malheur partagés l’écoute doit être active et des actions entreprises ainsi que des remèdes engagés.

On parle d’amour des uns et des autres dès lors que l’on partage.

Alors finalement cette quête du bonheur ne serait-elle pas notre revendication à être aimé d’autrui et du plus grand nombre voire de tous, “en toute simplicité” ?

Il y a une vraie joie à soutenir activement une cause perdue, un cas désespéré et de voir un peu de sa propre lumière traverser son regard.

Vous en ressentirez l’échos de sa joie au moment où vous aurez acquis l’intime conviction d’avoir sincèrement œuvré au réconfort du malheureux.

Pour être heureux, aidez les autres à l’être et commençons pas soi…

Voila, nous étions censés atteindre le bas de l’escalier et pourtant il me semble vous avoir vu sourire, rebeller, voir contester et aussi recouvrer une petite flammerole de joie intérieure au fur et à mesure de la narration de la quête du bonheur.

On était donc déjà en train de remonter la pente ?

Alors montrez-moi le retour, car il me semble bien que c’est vous qui désormais portez la lumière…

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