La banque Fast-Food

« … frites et coca ? »

Le badge de « Sabrina, agent en formation » réfléchit la lumière fade tombée des halogènes surplombant le comptoir devant lequel je passe ma commande. D’un regard de cabillaud pensant à une fraie improbable avec la charmante sirène vendeuse de « cheeeeese », mon alter ego « bègue et puceau » empiète le pas pour répondre avant que mon personnage de « Georges Coulé-Brad Poutre-Antony Bandera… ou pas » ne puisse lever un sourcil et subjuguer de sa voix de mâle la très souriante employée du mois.
Son oeil inexpressif me regarde avec une impassibilité en contraste avec son sourire et sa phrase commerciale hautement inductifs sur la composition de mon menu.

– Heu, oui…Oui ! « Fri…frites et Coca » !

Un soupir plus tard et la caisse enregistreuse a validé mon faux pas.

Pourtant, dans ma tête, les restes fumants d’un conflit idéologique fait encore frémir mes neurones agonisants sur le champs de bataille de mon indécision : Frites versus Potatoes, Coca versus Fanta !
Né de cette question au ton anodin, j’ai matérialisé les images de frites jaunes, chaudes et d’un coca brun, froid, où s’entrechoquent les glaçons et ni l’un, ni l’autre ne désaltéreront mon addiction à la mal bouffe.

Mes neurones partisans du Sprite alliés à ceux défendant les Potatoes se sont fait balayer par des neurones royalistes gagnés à la cause de la souveraineté du Coca et des Frites. Je soupçonne aussi une mutinerie parmi les réseaux synaptiques réactionnaires qui ont voulu prétendre au changement. Il y aura des décapitations parmi la populace de mes sujets cérébraux : Plus ma lobotomie au sucre se convertira aux techniques Pavloviennes ignominieusement employées par les éducateurs à la solde du gros clown bouffi, moins mes neurones survivants prêcheurs du bon goût se présenteront aux portes de ma raison… pas fous ! L’idéalisme n’a connu que des martyrs.

Revenant à miss MacDo, la jolie étudiante-employée-débutante, « …débauchant son corps de déesse de la luxure sur un lit de frites d’or brillant, sa peau nue nappée de coca courant par milliers de gouttelettes qui ruissellent sur ses courbes athlétiques telles de petits bolides carrossés d’ambre sombre… »

… Il a du subsister une forme d’hébétude dans mon regard, car avant que « Georges Coulé et compères » ne viennent à ma rescousse, la sirène me lance une dernière estocade…
Je suis amoureux d‘elle, du gros bouffi dans sa vareuse de pêcheur qui me fait « coucou» de sa main gantée blanche, des tumultueuses odeurs de Royal, de Pom’frite, de Sauce Deluxe…

– Je peux vous proposer un Muffin pour finir votre repas ?, m’envoûte-t’elle de sa voix modulée « Lolita-Rachel from Friends »

… Et que je traduis machinalement par :« Tu veux du sexe avec moi? »

Ce à quoi je réponds :

– Euh, ué..ouais, ouais…! (And in my mind « B===> « Là, sur le comptoir! »)

RHAAAAA le bègue ! Depuis le CM2, date à laquelle il a hanté mes jours et mes nuits, mon moi « bègue » a toujours su s’imposer dans les moments cruciaux… et puis toujours avec une force de conviction emprunté à un adolescent à la voix de Biactol défendant entre deux hoquets vagissants son fanatisme pour Britney Spears… le stress, le stress…

« Un muffin… Un muffin ? » C’est quoi d’ailleurs ce truc… Enfin ça doit se bouffer et ça finit un repas… Ce à quoi surenchérissent les neurones royalistes : « Nous, tant que c’est gras et sucré, on bouffe ! »

Machouille de chewing-gum, la caisse enregistreuse vient de se faire l’oracle à la destiné mortelle pour un pauvre gâteau mou drapé dans un suaire en cellophane.
La belle étripe la portion étouffée dans son linceul non-bio-dégradable et le jette sur ma planche de bois entre les mots-croisés de trois lignes et le coloriage du gros bouffi qui agite un gant blanc.

Alors le sujet asservi à la cause du roi choucroute rouge et baby gros jaune a bien œuvré : On écoulera à foison du coca et on fera ripaille de « papailles » jaunes bien grasse… Vive le roi, à bas mon foie et mes intestins…. Ces derniers verront pérégriner des résidus de chair d’animal mort mêlés de peau de tomates (hautement indigeste) et d’une mélasse semi organique composée de fromage bouilli-rebouilli et de bile stomacale. Et ce bouillon alimentaire, « halloween dans ton ventre », prendra tout son temps pour enfanter des nuages de méthane dont l’ampleur olfactive pourrait donner vie au trône de nos oublis alimentaires…

Bon j’ai mon plateau marron…

Direction la bauge la moins crade : c’est mercredi, les enfants convertis au « Boudinisme » ont jeté pêle-mêle les papiers gras des offrandes de chair d’animal mort sur les tables du … *erf*kofkof*restaurant*
Je m’isole sur un des petits autels pour vautrer mes lèvres dans un conglomérat de viande, de mie de pain, et d’amalgames de laitue-tomate… et… et… Yes ! Je baffre le cornichon amollit suppurant de sauce de synthèse : le joyau du hamburger !

Ho ! Little Bouda ! Un petit sumo de 5 ans avec un bob rouge et jaune passe à coté de moi, je souris : Le fils de Gros Bouffi ! Un Big Mac sur pattes !

Tout en jetant une dernière œillade goguenarde à la mini-boule de saindoux au destin corrompu, je finis d’ironiser avec cette pensée : « Quand je vois ce que je bouffe et les dégâts immédiats sur des organismes de plus petite échelle, je me dis que « Soleils Verts » n’est pas qu’un futur d’anticipation… »

… Et puis je bouffe, et là, je ne pense plus. Pendant que je me bâfre, mon cerveau reptilien enregistre toutes les saveurs colorées comme étant essentielles à ma survie. Junkie se gorgeant de sucre, mon cloaque de cellules grises ordonne déjà la prochaine débauche pour dans deux jours. C’est la seule durée que peuvent lui objecter mes souvenirs anciens de lapins à la moutarde, de gratins de courgettes, de simples radis au beurre sel et poivre… *Scouiiiiiic!!!!!* La tête d’un neurone nostalgique vient de sauter… il allait stressé les neurones royalistes…
Deux jours, c’est en fait la seule durée que veut bien accorder mon corps exigeant sa surdose de glucose à date précise…
Je suis dépendant. Je le sais, mais c’est tellement bon !!!

Ha ! Il est l’heure de repartir au taf. Je suis repu… hum… en fait je suis ballonné et les gaz font déjà la course dans mes intestins. A croire que mon estomac est une usine à gaz hyper productive dès lors que je lui fourre son charbon-animalorganicodégueulo… Ca va être glamour ça devant les clients… enfin… dans 3 heures je ne serai plus incommodé… et puis l’opinion des clients « On s’en fout », c’est l’adage de l’avatar du Dieu Commerce qui le dit, une sorte de Loki, le dieu fourbe de la mythologie scandinave.

Je travaille pour une banque. L’analogie entre la vie au temple de la mal bouffe et le repaire du mal est frappante.
Que l’on fasse un pas dans l’un ou l’autre des établissements, c’est le gavage qui est de rigueur.
Chez Gros Bouffi on s’empâte et sa caisse enregistreuse aussi.
Chez moi, -enfin, « chez mon employeur que je vénère »-, l‘obésité est un précepte religieux : Il n‘y aura pas de comptes rachitiques en souffrance.
Sauf que c’est du gavage dont les effets sont ceux de la malnutrition : Plus tu es pauvre, plus tu es gavé de produits.
Tu ne t’enrichis pas, tu ronges ton espérance de vie bancaire, et irrémédiablement ta vie en société en pâtit.

Il y va de la responsabilité des grands argentiers quant on voit le déclin du pouvoir d’achat et l’accroissement des ménages surendettés.

Derrière l’impassibilité de bons financiers tapotant l’épaule de leur client en bon père de famille et discréditant « … ces maisons de crédits qui vous appliquent des taux ignominieux à 20%, pourquoi n’êtes vous pas venu me voir ? J’ai des taux à 7% et je ne cherche pas à vous enfoncer sur chacune des mensualités… », se cache des opérateurs discrets qui rattrapent les encours de crédits (BNP, Société Générale, Crédit Agricole… « les parents ») de leurs filiales spécialistes de l’endettement (Cofidis, Mediatis, Finaref… »les enfants ») et leur envoient en retour les clients pour lesquels ils ne peuvent contrefaire les critères salutaires objectant l’endettement par le crédit et qui règlementairement leurs interdisent de prêter : « Haaaaa ! Saloperie de Neiertz !!! »

« Mon bon Monsieur Pibou, la banque ne peut pas vous prêter car la loi, hou la méchante, a imposé une codification stricte quant à l’octroi de crédits auprès des particuliers. Nous ne sommes pas des hors-la-loi Monsieur Pibou mais je vous vois en grand désarroi en raison de votre budget périclitant : Soyez rassuré, vous avez 3 assurances décès, 2 packages cartes, 2 crédits « Passepartout », le service « Allô portable vous êtes dans l‘rouge»… Nous paierons tous ces produits (inutiles pour 75%) même si vous êtes en dépassement de découvert, ha… mais il y aura quelques frais aussi… c’est les risques mais nous l’assumerons, ensemble, Monsieur Pibou. Telle n’est pas notre devise Monsieur Pibou « Ensemble pour vos projets, vous trouverez à qui parler, pour un avenir meilleur… tant que vous avez du pognon »
Alors voila mon conseil : Vous souhaitez un crédit mais la loi, hou missante ! Missante loi!, nous empêche de vous prêter ALORS que nous le souhaiterions Monsieur Pibou. L’entendez-vous ?! NOUS VOUS AURIONS PRETE ! … Mais nous ne sommes que d’humbles et honnêtes marchands et la loi nous a dit « non ».
Alors qu’elles sont vos options ?
Tentez votre chance auprès d’une maison de crédits, ils ne demandent pas l’intégralité de tous les documents constitutifs d’un dossier de prêt… ho non, ne parlez pas de ces deux petits crédits à 800 euros par mois qui font les ¾ de vos ressources, pas pour 1500 euros de financement, ils n’ont pas besoin de le savoir, même je vais vous dire : Finadis s’en moque.
Allez ! À dans 15 jours Monsieur Pibou, avec de bonnes nouvelles à m’apporter…« Mince le challenge sur les assurances TOUTOU, Pibou faut qu’il m’en prenne une »… et pensez à assurer le bichon de Sophie votre épouse : une récente étude à révéler que dans les croquettes pour chien on trouvait de la farine animale et quant on voit Crowel-Jacob chez les taureaux albinos, ça fait froid dans le dos : ayez peur ! Ayez Peur Monsieur Pibou !!!
… je vous ôte toute vos peurs avec la mutuelle animalière de notre groupe bancaire et en bonus on vient fossoyer la tombe de votre petit animal ! Si, si Monsieur Pibou ! On fossoie !!! GRATIS !!!

A dans deux semaines ! »

Et effectivement, on fossoie : Quelques temps après les clients partent en surendettement, aux contentieux ou chez Saint Pierre… Des suicides sont déguisés en accident domestique pour que le reste de la famille puisse survivre financièrement alors qu’un père ou une mère s’est éteint donnant littéralement sa vie pour les siens.

… Mais on aura eu le temps de lui vendre une Garantie Accident de la Vie juste avant de basculer dans l’un ou l’autre cas… Celle réalisée in-extremis le vendredi, celle qui nous a permis un répit au milieu des brimades de la part des fouetteurs hiérarchiques mais malheureusement on l’aura vendu à un connard qui s’est suicidé, et va falloir casquer SI notre remboursement est le plus élevé à comparert entre toutes les assurances que ce con a souscrite de son vivant…

Au pire on se servira de son cas à Dead Couillon pour vendre les autres :« J’ai connu un de nos clients, décédé, en coupant sa pomme avec une tronçonneuse, l’accident bête, il a coupé un quartier de trop, huhuhu… fatalité.
Ben on a versé à sa famille pas loin d’un million d’euros !!! (faux) mais dites voir Monsieur Pibou vous aimez les pommes ? ha non…? Noix de coco ? Vous avez un marteau-piqueur M.Pibou ?(message psychédélique : ayez peur, ayez peur !!!)… Pensez-y, l’accident, bête au moment d’attaquer la bûche de Noël avec un marteau pneumatique !!! Et pour rassurer madame, on fossoie votre dépouille M.Pibou ! ON FOSSOIE GRATIS !!! »

Moi aussi je dis « frites et coca » pendant l’entretien, enfin… « l’entretien » : pendant la séance de manipulation mentale inductive qui me verra rajouter une barre dans la case « produit de campagne X ».
Le pigeon en face de moi n’a pas besoin de Garantie accident de la vie, mais mon chef en a besoin lui que le client en ait besoin… « Il en va de notre soucis d’appartenance à la Société, pour le patron, pour la patrie ! ».
En fait, celui qui en a le plus besoin c’est ce grand cadre qui va annoncer à un autre grand grand cadre encore plus grand, qu’il a réalisé 150% de son objectif annuel en 2 mois seulement. Alors le grand grand cadre va donner 150% d’augmentation à son cultiste le plus dévoué, celui qui a définitivement abandonné toute considération humaine et qui en plus acceptera de réitérer 2 fois, 3 fois, 12 fois sur d’autres lignes de produits le même exploit…
« Et si vous le faisiez en un mois mon cher M.Gollum, mon cadre chouchou ? Y a un autre de mes fidèles qui m’a promis de cravacher en 1 mois et demi… Il est meilleur que vous M.Gollum ? Vous iriez me décevoir M.Gollum ? »
Et là M.Gollum de répondre « Ha non ! Ha non mon Précccieux ! On va le faire en deux jours ! Certains de mes sbires lieutenants dévoués ont déjà mis au turbin leurs M et Mme Larbins, nos conseillers en agence, en leur disant de travailler en dehors des heures de boulot ! Pour la patrie ! Pour la France! Et sans augmentation de salaire, nous ne reconnaissons de toute façon pas les heures supplémentaires… »

« Haaa… À la bonne heure ! Continuez, vous aurez un avenir radieux M.Gollum »

Et ça, ça s’appelle « La prime au mérite ». Un hiérarchique dont les objectifs sont dépassés en cours d’année est gratifié, flatté mais lui il ne se contente pas d’un « Vous avez parfaitement bien travaillé M.Larbin, 1876 contrats automobiles en 3 semaines… bravo ! Tenez, vous êtes proche d’obtenir un chèque cadeau de 20 euros chez Liddl si vous bouclez votre objectif bi-annuel en garantie obsèque : 7456 contrats en un trimestre… réalisable M.Larbin ? Réalisable ? Allez, vous allez le faire ! Pour ma prime… euh pour la maison, pour la patrie, pour la France ! Par contre je note que vous n’avez pas bouclé votre objectif en assurance-vie : 4.9 Milliards d’euros : Notre PdG les a perdu en une semaine, tachez de lui montrer que vous savez les gagner en…. 3 jours ! Je rajouterai personnellement un tiquet-restaurant au chèque cadeau ! Pensez-y ! »

Non, le hiérarchique lui touche des stock-options, des gratifications en millier d’euro.

Enfin, on se réjouit en se disant que ledit Gollum fera le grand plongeon dans une faille béante vomissant le bouillon de flammes de l’Enfer, se dissolvant lui et son trésor à sa suite.
Je me dis que certains Gollum se sont bien avancés sur le plongeoir de la piscine du diable.

Alors ma Garantie Accident de la Vie…
Donc le client en a besoin, mais il ne le sait pas encore… y’en a même qui ne savent même pas qu’ils ont souscrit au-dit produit.

« Mais pourquoi vous râlez Monsieur Jambon ? Vous n’allez pas nous faire le coup de « j’ai souscrit cette Garantie Accident de la Vie  à l’insu de mon plein gré » Huhuhu ! Soyez raisonnable Monsieur Pibou… heu Jambon… oui vous êtes tellement identiques entre pigeon… Quoi ?! Les conditions générales ? Les « quoi »? Les « Lire » ??? Huhuhu ! Elles sont en latin, tu parles latin Pibou… Jambon ? Oui ?! Vous êtes Juriste !? Ha « horreur et damnation », la sale race ! Mais il fallait le dire plus tôt. C’est pas moi qui vous l’ait faite souscrire. Mais vous êtes sûr de pas avoir besoin de ce produit ? Même si vous l’avez déjà à la MACHE ASSURANCE vous serez encore plus indemnisé si vous décédez, imaginez le pactole !
Hein ? Ha oui, je suis vaguement au courant qu’il n’y a nul enrichissement par le concours des assureurs en cas de sinistres et que seul l‘un deux prévoyant l‘enveloppe de remboursement la plus haute sera retenue en matière d‘indemnisation.

« HIK ! La nemésis des conseillers de clientèle : un client qui a quelques bases de culture financière ! »

Hum ? La loi est passée ? Déjà ? Ha… « loi de 1975 »… ha ben je connaiss… heu je m’en souviens maintenant. Une lettre de réclamation ? Huhuhu, voyons, voyons Monsieur Jambon… Une lettre de réclamation au siège de la direction ? Saint Ambroix ? Ha… « *Gulps* Paris ? »

Monsieur Jambon ? Heu… Monseigneur ?

ON VOUS REMBOURSE !!!, et nous fouetterons à l‘aubépine le conseiller de clientèle qui aura validé à l‘insu de votre plein gré cette assurance tout en lui faisant réciter la loi de 1975 en dansant pieds nus sur des charbons ardents ! »

Parfois le Big Mac passe pas, ça fait une sorte de bulle douloureuse dans la gorge ou dans le ventre, mais un rot plus tard et nous renfilons nos gants bien gras pour gaver l’oie suivante…

Le pire c’est que l’individu en charge de la vente de ces produits, du remplissage des estomacs des dindons, et bien, il n’est pas comme ça. Sa nature n’est pas celle-la. C’est un type, une nana, qui a grandi sur vos bancs d’école, qui a joué au foot avec vous ou qui vous a fait chavirer sur un premier baiser. C’est quelqu’un qui ne savait pas trop quoi faire après ses études. Il est d’une intelligence dans la moyenne française, pas plus ni moins. Il n’est pas très au fait de ce qui se passe autour et au-dessus de lui.

Lui, elle, sont des parents aimants, harassés de travail, sacrifiés sur l’autel de la dichotomie entre la sérénité et la productivité.
Pour leur famille, ils se mortifient et ils avalent des couleuvres de plus en plus indigestes, de plus en plus sales et grosses.
Il est allé vers la banque car « Les Nuls » ont dit que l’une d’entre était « Géniale », que la marraine Fernande a travaillé sur les Champs Elysés pour l’une d’elle, que c’était un métier avec beaucoup d’opportunités et surtout, surtout, « Bien payé ».

C’est comme ça qu’on se laisse happer par un système qui vous apprend très vite que le conditionnement passe par la mort de vos vertus si vous voulez faire une bonne adaptation.
Je suis fier qu’un jour un grand directeur, après m’avoir reçu dans son bureau, m’ait dit « Avec vous on s’est dit que l’on avait fait une erreur de casting ». Je revenais d’une dépression, mes valeurs vomissant les mensonges qu’on me forçait à extirper pour vendre.

L’associé du diable est une réalité.

« Le conseiller de clientèle » emprunte une blouse chaque matin à son employeur et il descend à la mine avec sa peau grise qui ternit toutes les couleurs qui constituent son être et font de lui ou d’elle un époux, une épouse, un ami, une amie, un fils, une fille aimé.

Mais pour lui, à chaque fois qu’il revêt son fardeau loqueteux, il est acquis que la vie est ainsi et que c’est cela qu’il doit faire s’il veut continuer de plaire à son maton… car attention aux coups de bâton si les « bâtons » ( « Bâton » en jargon commercial = les produits souscrits) ne remplissent pas l’âtre des diables !

Où a-t’on vu qu’une bête de somme avançait plus vite dès lors qu’on lui matraque le dos et qu’on lui casse les genoux ?

De mieux en mieux : les hiérarchiques issues d’études longues fuient les postes de la partie commerciale de la banque. Ceux qui se retrouvent scotchés à un poste de responsabilité sont ceux qui se sont fait alpaguer par manque de pleins de choses ou/et berner sur ledit poste.
Deux nouvellements promus H-ié-Cé discutant autour d’un Perignon.
« Tu fais quoi Marcel-Hubert ?
– Putain je suis responsable de secteur…
– Responsable !?! Tu es responsable ?!? Tu veux court-circuiter ta carrière ? Tu veux abandonner tout espoir de promotion à cause d’une peccadille qui sera causée par un des M et Mme. Larbin ? Responsable mais t’es malade d’avoir accepté !!!
– Je sais, je sais… enfin on va boucler l’objectif sur une ligne, je pourrais peut-être m’échapper du système dans la vague des prochaines mutations. T’as pas besoin d’un assistant marketing dans ton équipe, niveau cadre ?
– Mouais, je vais te sortir de ce faux-pas, j’vais inventer un poste d’assistanat, et dans la foulée on t’augmente.

Valable pour les diplômés seulement ce piston, les cadres issu de cursus internes sont enchaînés bien plus longtemps que leurs homologues estudiantins à l’enfer du réseau, de son stress et de sa prod.
Ca me rappelle le système des communes, mais là c’est un autre débat.

Je m’appelle Nicolas Kurpin alias « Nick », et on a rendez-vous ensemble Monsieur, Madame Pibou ! Suivez-moi dans mon antre, j’ai une panoplie de produits à vous présenter, 666 pour être précis… Vous êtes entrés dans ma toile et je vous emmailloterai avec amour dans un ballot de soie inextricable. Je sucerai votre argent en vous sussurant d’une voix de velours que je vous aime, Ô vous, promesse de mon pantagruélique festin.

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